Cela n’arrive pas qu’aux autres: le suicide

En mémoire de DEPK à l’occasion de son anniversaire

Le sujet que je vais aborder aujourd’hui est très délicat : le suicide. C’est un sujet difficile à discuter et souvent négligé car on pense que cela n’arrive qu’aux autres. Souvent, nous apprenons par les médias qu’une personne célèbre a commis le suicide. C’est choquant, mais le message passe inaperçu car ces personnes sont connues mais nous ne les connaissons pas personnellement. De même, il peut y avoir une histoire de suicide dans notre quartier ou notre voisinage, mais ce ne sont pas nos proches, donc nous sommes souvent indifférents à cette information. Bien sûr, nous ressentons de la compassion pour la personne qui a commis cet acte. Nous nous demandons pourquoi elle l’a fait, mais nous nous limitons à cela car ce n’est pas notre proche. De plus, le sujet est si tabou que nous évitons d’en parler, de peur que le « démon » qui aurait possédé la personne qui a commis cet acte ne s’empare de nous. La superstition entourant ce sujet est telle que parfois nous évitons de discuter des raisons valables qui pourraient pousser quelqu’un à commettre un acte aussi odieux.

Personnellement, je pensais aussi que cela n’arrivait qu’aux autres jusqu’au jour où, en août 1995, l’une de mes amies m’a annoncé qu’Amassa, une de mes proches en classe terminale, avait tenté de se suicider en prenant une grande quantité de comprimés. Heureusement, quelqu’un l’a trouvée et a pu l’emmener à l’hôpital pour lui sauver la vie. Quand j’ai appris cette nouvelle, je n’ai pas hésité à organiser une visite pour aller voir ma copine, car je n’en revenais pas. Ensuite, je suis allée au Centre Hospitalier Universitaire de Brazzaville accompagnée de ma maman, car nous devions également rendre visite à une cousine qui était hospitalisée pour une drépanocytose selon les diagnostics des médecins. Finalement, elle n’avait pas besoin de transfusions sanguines, mais elle souffrait de leucémie et elle est décédée ainsi. C’était une parenthèse !

Donc, après avoir rendu visite à ma copine, je suis allée dans la salle où Amassa se trouvait. J’étais bouleversée, choquée de voir ma copine allongée là, ayant tenté de se suicider. L’idée qu’elle ne serait plus parmi nous si personne n’était venu à son secours me rendait encore plus malade. Puis vint le moment où elle et moi avons pu établir un contact visuel, car la visite se faisait par la fenêtre. Elle m’a regardée et moi aussi je l’ai regardée, et elle m’a dit : « Tu vois Prisca, je t’avais dit que je commettrais le suicide ». À ce moment-là, je n’ai pas pu retenir mes larmes, j’ai pleuré comme un enfant, tellement le choc était grand et les propos qu’elle tenait étaient lourds. Tous les souvenirs des confidences qu’elle me faisait en classe défilaient dans ma mémoire, et je me sentais coupable car elle avait agi en fonction de ces confidences. J’étais très malade car je pensais que c’était une blague. Elle m’avait dit, entre autres, que si elle n’obtenait pas son diplôme de baccalauréat, elle se suiciderait. Depuis ce jour-là, j’ai compris qu’il faut écouter les autres car on ne sait jamais. Mais en tant qu’adolescente au Congo, je ne savais pas à ce moment-là s’il existait des structures vers lesquelles je pouvais me tourner pour rapporter de telles informations. De plus, est-ce que de tels propos suffisent à considérer qu’une personne est suicidaire ? En bref, cette petite histoire est la première fois que j’ai été confrontée à une histoire de suicide.

La deuxième histoire se déroule en Angleterre un certain 18 décembre 2018. J’ai reçu un appel de mon cousin pour m’informer que mon frère, l’unique fils de mes parents Davy E Pompa Kounda s’était jeté dans la rivière Tamise et qu’une dame l’avait vu le faire. Elle a tenté de l’en empêcher en vain. Elle a retrouvé sa veste. Mais il n’y avait aucune note, seulement une adresse écrite sur un morceau de papier. Cette histoire a bouleversé ma vie. Y avait-il des signes avant-coureurs ? Certainement, mais je ne sais pas non plus. Quand je l’ai vu pour la dernière fois, c’était en  Février 2000. Cependant, nous communiquions de temps en temps. Certaines personnes vous confient leurs secrets, d’autres non. Cette histoire m’a plongé dans le stress et la dépression fonctionnelle. Pendant 5 ans, j’ai perdu le goût de vivre. Je me suis renfermé et j’étais devenue facilement irritable. J’ai créé un blog comme moyen de soulagement afin  de ne pas  sombrer dans le déni. Dans ce processus, j’ai perdu des amis très proches. Je me sentais incomprise. Eux  de leur part ne pouvaient rien faire, car  ils ne me comprenaient pas. Je me suis consacrée à ma famille, et ce sont eux seuls qui m’ont donné le courage, la motivation et l’envie de vivre. Tout cela a transformé ma vie familiale, sociale et même professionnelle. J’ai perdu la joie de vivre car je ne comprenais pas le comment, le pourquoi, malheureusement , il n’est pas là pour répondre à mes questions. Au fond de moi, je sais que je n’aurai jamais la réponse car lui seul est capable de me donner la vraie version. 5 ans plus tard, j’ai personnellement conclu que j’avais besoin d’une thérapie. C’est ce que j’ai fait. L’idée d’aller en thérapie m’a permis d’avoir une clarté dans mon âme. Et cela m’a motivé à enfin honorer la mémoire de mon frère en partageant avec vous cette histoire de suicide, souvent négligée mais qui est une réalité de société. Comme pour mon frère, je n’aurai jamais de réponse, et si je commence à donner des raisons, ce sera de la pure spéculation. J’ai préféré rechercher pourquoi les gens commettent l’acte ultime du suicide, s’il est possible de le prévenir, et comment les survivants et les familles s’en sortent. Pendant la période de mes recherches, quelqu’un m’a dit : « Lorsque ton frère est mort, certains membres de la famille ont dit que c’était bien fait pour ta maman car elle se montre dans la famille (puisqu’elle a plus de moyens que les autres). » De tels propos m’ont encore motivé à adopter une approche raisonnable et cohérente, le tout dans le but d’honorer la mémoire de mon frère. Ce 14 septembre, c’est son anniversaire, et en son honneur, j’ai voulu parler de ce sujet et montrer un peu de vulnérabilité. Alors, commençons par le pourquoi ?

Pourquoi certaine personnes choisissent l’ultime acte de suicide pour terminer leur vie?

Le suicide est souvent le résultat d’une combinaison de facteurs. Les troubles mentaux, tels que la dépression et les troubles bipolaires, sont des facteurs de risque importants. Les antécédents familiaux de suicide peuvent également jouer un rôle. De plus, les pressions sociales telles que le stress, l’isolement et le harcèlement peuvent contribuer à la détresse émotionnelle qui mène au suicide. Enfin, des événements de vie traumatisants tels que la perte d’un être cher, la perte d’emploi ou une rupture peuvent également  être une cause de suicide. Bref ces facteurs ne paraissent pas étranges. A un moment donné, les êtres humains sont confrontés à des difficultés  liées aux facteurs ci-dessus cités. Cependant, chacun de nous réagit et confronte ces problèmes différemment . C’est pour cela que les conséquences d’un suicide sont très dévastatrice pour les survivants.

Les survivants d’un suicide sont confrontés à des conséquences émotionnelles et psychologiques profondes. Ils peuvent ressentir un choc émotionnel et un traumatisme, se sentir coupables et honteux de ne pas avoir pu empêcher le suicide, et développer des troubles mentaux tels que la dépression et l’anxiété. Les relations avec les proches peuvent également être affectées, et les survivants peuvent se sentir isolés et stigmatisés. Je me rappelle, lorsque mon frère est partie, mon père  avait recommandé à moi et deux Soeur de faire recours à la thérapie, puisque la thérapie est plus accessible la ou mes sœurs  et moi habitons par rapport à  lui et maman qui se trouvaient à Brazzaville où les questions liées à la santé laisse à désirer. Mais je me disais que j’étais assez forte pour avoir besoin de la thérapie. Évidemment, je me suis trompée . Ce n’est pas facile de gérer les conséquences lorsque l’on est survivant d’un  suicide. Comment alors les survivant d’un suicide peuvent en  gérer les conséquences ?

Il est essentiel que les survivants cherchent un soutien psychologique pour faire face à ces conséquences. La thérapie individuelle peut aider à traiter le choc émotionnel et le traumatisme, tandis que les groupes de soutien offrent un espace pour partager des expériences similaires. Une communication ouverte et honnête avec les proches est également importante pour surmonter les sentiments de culpabilité et de honte. Prendre soin de sa santé mentale et physique en faisant de l’exercice, en adoptant une alimentation équilibrée et en dormant suffisamment est également crucial. Trouver des activités de relaxation et de bien-être, comme la méditation ou le yoga, peut aider à réduire le stress et l’anxiété. Enfin, il est important de ne pas s’isoler et de chercher le soutien de la communauté, qu’il s’agisse d’amis, de membres de la famille ou d’associations spécialisées.

Il existe de nombreuses ressources et aides disponibles pour les survivants de suicide. Des numéros d’urgence et des lignes d’écoute sont disponibles pour offrir un soutien immédiat. Des associations et des organisations spécialisées dans la prévention du suicide proposent également des programmes de soutien et des informations utiles. Il existe également des sites web et des livres recommandés pour en savoir plus sur le sujet. C’est dans ce cadre là que j’ai décidé d’œuvrer pour la sensibilisation des gens sur la question de suicide. Cet article  est un début, la suite sera communiquée dans les prochains jours.

En conclusion, suicide est un problème complexe et douloureux, mais il est possible de surmonter les conséquences qui en découlent. Les survivants doivent chercher un soutien psychologique, communiquer ouvertement avec leurs proches, prendre soin de leur santé mentale et physique, et trouver des activités de relaxation. Il est important de ne pas rester seul et de chercher le soutien de la communauté. En travaillant ensemble, nous pouvons aider les survivants à se reconstruire et à trouver l’espoir après une tragédie aussi dévastatrice.

Auteur: Prisca P

Un avis sur « Cela n’arrive pas qu’aux autres: le suicide »

  1. Je t’envoie tout mon soutien. Ce n’est pas facile de perdre un être cher surtout de cette manière. C’est bien de témoigner car on parle très peu de suicide dans le milieu congolais c’est comme tabou…. Je garde de bons souvenirs de la famille Pompa! Gardez votre frère vivant dans vos coeurs! Une vieille amie

    J’aime

Laisser un commentaire